24 Mai 2009
Gabrielle Chanel
"Une allure au présent"
Ecrit par Caroll Venn
"Une allure au présent"
Ecrit par Caroll Venn
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Elue femme de l'année, elle a été aussi l'une des héroïnes du vingtième
siècle connue pour avoir révolutionner le style en menant une vie de
dictateur, solitude et succès. Coco Chanel sera l'inspiration de plusieurs films dont celui d'Anne Fontaine. Elle incarne la loi des contraires en exprimant le dur et le souple, le masculin et le féminin.
La première guerre mondiale fragilisa le règne de l'uniforme. A l'époque, tour à tour chanteuse, femme entretenue et modiste, la jeune Chanel profita des pénuries pour inverser en sa faveur le code, après avoir constaté que les matières trop riches ne lui allaient pas. En 1914, elle se mit à travailler le lapin dévalué faisant maigrir d'autorité les femmes en leur faisant quitter leurs affreux corsets pour les habiller de Jersey, une matière pauvre et rêche, taillée dans des sweaters de lad et des tricots d'entraînement mais qui souligne les formes, au contraire des froufrous d'avant. C'est la fin d'un interminable 19ème siècle.
Elle profita de la guerre... Effectivement, les hommes partaient tous à la guerre. Les femmes durent travailler pour subsister. Coco Chanel entreprit donc de leur offrir des vêtements pratiques, et non plus ornementaux. Epousant le corps, l'accompagnant dans ses moindres gestes, ces habits n'étaient plus de simples parures comme autrefois. Chanel habilla les amazones qui envahirent les villes, les baigneuses qui arpentaient les plages en pyjamas androgynes et les sportives halées et élancées, qu'elles soient pourvues de raquettes, de rames et de roues ou se contentent de surveiller activement leur ligne. Gabrielle voulait avant tout modifier de l'intérieur les femmes, les esquisser mais aussi les sculter. Ses habits devaient leur donner fière allure en les faisant marcher droit et en leur donnant de l'autonomie.
Portée par un désir de battre les hommes sur leur terrain, on ne lui fit jamais autant plaisir qu'en lui disant "Mademoiselle est mieux qu'une grande dame, c'est un monsieur".
Une pointe d'élégance, de simplicité mais aussi de rigueur... Elevées dans un orphelinat, elle vécut son enfance dans la pauvreté. On reconnait bien Chanel avec son chignon haut, sa petite robe noire de 1926, elle fut de nombreuses fois comparée à la Ford du même vintage. Peu démocratique d'esprit, elle ne travaillait que pour voire ses créations monter dans un bus ou courrir pour attraper un taxi et non parader dans des hotels luxueux "La mode qui reste dans les salons n'a pas plus d'importance qu'un bal travesti". Peu d'argent ? Ce n'était pas un problème pour elle car la modestie des matières qu'elle utilisait scellait l'excellence de ses créations "les vrais snobs sont en chandail".
Assouplir ne suffisait pas... Autodidacte, Chanel avait plus appris dans les selleries et les haras que dans les ateliers de couture. Ne sachant coudre un bouton, elle garda toujours entendre d'apprendre et de se perfectionner ce qui l'ammena à affronter les quolibets qui accompagnèrent son premier défilé en 1954. Ses tailleurs étaient devenus une seconde peau pour elle.
Devenue le chef d'une entreprise mondialement connue, l'ancienne timide infligeait à tous ses auditeurs une grêle de mots. Elle savait, agissait, tranchait, comme les messieurs qui l'avaient formée.
Une existence qui s'acheva... Elle n'avait plus qu'un but, imposer aux petites mains de la rue Cambon sa discipline : toutes devaient être aussi dures envers elle-mêmes qu'elle l'avait été. Recommandant aux autres la danse, les arts matiaux et la marche, elle préférait garder ses hanches de garçon qui avaient fait d'elle son premier mannequin. Quand elle mourrut, son tailleur et sa toque semblaient êtres devenus des excroissances de son corps. Sa minijupe et son parfum sont des monuments du passé mais bien que Yves Saint Laurent entretienne la flamme, la dureté et l'intransigeance de la styliste semblait d'une autre ère. Ce qui nous éloigne d'elle ? Son aspect idolatre pour le travail et l'ordre. Détestant le chichi, elle ne laissait paraître peu de peau dans ses créations étant très pudique de nature.
Une sobriété à toute épreuve... Car c'est bien avec cela qu'elle ses créations sont redevenus actuelles, la crise aidant. Une épure capable de traverser les saisons sans se démoder... Au nom de la rugueur et de l'authenticité, une nouvelle Chanel pourrait bien naître... Mais gare : il est facile de contrefaire un sac qu'un "monsieur" de cette trempe.
--> Vogue (Mars 2009)
--> L'allure Chanel (Paul Morand)
--> L'allure Chanel (Paul Morand)