L’INÉDIT ;
LES COULISSES DU FASHION SHOW
Par Jodie Moire.
La
mode, la mode, la mode. À Paris, Londres, New-York ou ici à San
Francisco, tout le monde en raffole. C’est pourquoi Berkeley, qui est
toujours au coeur de l’action et des événements de la ville, a enfin
créé sa propre ligne de vêtements. Vous en avez sans doute entendu
parler, d’ailleurs avez-vous probablement même assisté au Fashion Show.
Ce défilé tant attendu qui en a fait parler plus d’un et qui a été un
véritable succès. Je délaisse pour le temps d’un article le processus
habituel d’un journaliste et j’opte pour un point de vue subjectif. Je
vous donne donc la chance d’accéder aux coulisses du Fashion Show en
compagnie d’un mannequin ; moi. Suivez la parade …
Une
ambiance jamais connue dans mon esprit se fait sentir dans les
coulisses prévue pour le défilé. Je suis pourtant une habituée de la
scène, de la foule et des projecteurs, ayant été depuis toujours une
comédienne de théâtre. Ce que j’ai senti au Fashion Show était pourtant
loin d’être le même « feeling » que tous les avant-show vécus jusqu’à
ce jour. Hommes et femmes, nous sommes tous fébriles à l’idée de
bientôt monter sur le podium pour défiler dans les plus belles
créations de la ligne de vêtements. Les mannequins se saluent, se font
surtout de nombreux compliments superficiels comme pour se mettre à
l’aise. Le pire, c’est que ça fonctionne à merveille. Je sens une vague
d’apaisement s’emparer de moi après avoir reçu les commentaires
positifs de Soukaïna James, Sacha Hambourg et Massie Block. Tout le
monde se lance des fleurs, comme pour taire les battements de nos cœurs
qui se font rapides et incessants. Je parle à la place de tous les
mannequins qui ont défilés ce soir-là, et je pense que c’est d’une
façon juste. Je n’étais pas dans leur tête, mais un champ magnétique
nous unissait et j’ai compris que nous étions tous dans le même bateau.
Certains ont plus d’expérience que d’autres, mais on se tenait les
coudes serrés.
Tout n’a pas été rose, pourtant. Dans le feu de
l’action, on prend souvent les nerfs, on se dispute un peu, on se parle
raide et direct. Cependant, malgré les rivalités et tensions dans l’air
qui s’ajoutaient à toute cette électricité, nous avons pu créer un
mélange homogène harmonieux le temps d’un « toast ». Ce fut selon moi
le moment le plus fameux. Les techniciens murmuraient le décompte, plus
que quelques secondes avant que Massie ne doivent nous quitter pour
faire le grand saut. Quand je parle de grand saut, ce fut un grand
saut. Nos yeux se croisèrent tous au même moment, des sourires se
dessinèrent sur tous les visages qui s’illuminaient donc. Nos verres de
champagne – en plastique – se cognèrent tous l’un contre l’autre dans
une chimie parfaite. Il n’y eu pas le « tinc » habituelle, manque de
budget pour les contenants en verre, mais l’intention et la passion y
étaient. Ce fut la paix, le moment d’une trinquée. Puis le stress s’est
emparé de tous quand nous avons consommé la dernière goutte d’alcool.
Massie, qui brisait la glace, nous a lancé un dernier regard et nous a
tourné le dos à nous, qui croisions les doigts pour elle. Tout se
passerait bien, nous en étions certains.
Les coulisses étant
munies d’écrans de télévision qui filmaient en direct l’entrée
fulgurante de notre premier mannequin, nous avons pu assister à ce
moment inoubliable. La demoiselle sautait de l’immeuble d’en face en
deltaplane et atterrissait sur le podium. Tout avait été calculé par
nos chers mathématiciens universitaires, et revérifié par des
professionnels. Nous retenions tous notre souffle, et quand Massie mit
les pieds sur le podium et se mit à défiler avec assurance, un soupir
de soulagement général se fit sentir dans les coulisses. Ça ne dura
cependant pas plus de cinq secondes, parce que tout le monde
s’attardait aux dernières retouches. Maintenant que le spectacle était
lancé, les tours venaient à une vitesse hallucinante. J’eu à peine le
temps de me faire recorriger le maquillage et la coiffure par mon amie
Shaneylle – mon esthéticienne privée – que ce fut à mon tour de me la
jouer mannequin.
Le choc, je vous dis, quand j’ai vu les
projecteurs de toutes les couleurs, la grosse musique d’ambiance et
surtout vous. Les flashs, les yeux rivés sur mon corps – ou plutôt la
robe que je portais -, les crayons venant et allant sur les carnets de
notes. Je l’avoue, j’ai manqué de professionnalisme en prenant autant
de temps à retrouver mon assurance. J’avais le souffle coupé, et je
sentais que mes jambes allaient flancher sous mon poids soudainement si
lourd à porter. Je me sentais horrible, affreuse, dégoûtante, laide,
grosse. Maintenant que je réalisais que tout le monde sans exception
était en train de m’analyser de haut en bas, de long en large, j’ai eu
des vertiges. Habituellement, sur scène, je suis un personnage,
quelqu’un d’autre. Seulement là, ce que les gens voyaient, c’était
Jodie Moire. Vêtue d’une courte robe noire stylée, décolletée et sexy.
Je ne me suis jamais sentie aussi nue. Cependant, en voyant Massie se
tourner dos au public au bout du podium, j’ai du prendre mon courage à
deux mains. Alors j’ai enfilé mon plus beau sourire, secoué légèrement
la tête vers le haut pour montrer mon air hautain et fier, et je suis
partie. Un pied devant l’autre, du haut de mes talons-aiguilles, j’ai
parcouru le runway en entier. C’est le moment où j’ai fusionné avec
vous. Pour la première fois depuis le début, j’ai tiré satisfaction de
l’expérience. Je me suis concentré sur le moment en lui-même, et sur le
fait que je resplendissais sous les feux de la rampe. Et que vous le
voyiez bien. Mes yeux ont commencé à étinceler, mon sourire est devenu
plus sincère et mes gestes beaucoup plus naturels. J’étais dans mon
élément, à ma plus grande surprise. Le stress est retombé tout d’un
coup, et si je ne m’étais pas sentie aussi solide même sous la
pression, je me serais effondrée avec lui. Vint le moment où Sacha me
pousserait bientôt dans le derrière si je ne partais pas. J’ai fais
comme je voyais à la télé, me tournant de dos et envoyant mes cheveux
derrière, ma tête légèrement tournée et inclinée. J’ai fais un sourire
coquin, fais quelques pas, me suis encore retournée de face au public,
puis je suis partie; pour de bon. Ouf.
De retour dans les
coulisses. L’ambiance n’est plus du tout la même que lors de mon
départ. Les mannequins attendent en file de pouvoir monter sur le
podium et de jouer au mannequin d’un jour. Moi, j’ai terminé mon
chiffre. J’en suis un peu déçue, mais je garde mon sourire pour
encourager les autres qui voient leur tour arriver et qui ont encore
cette appréhension que je couvais quelques minutes plus tôt. Après un
long moment d’attente à fixer un écran géant, la finale arriva.
Spectaculaire. Je devais entrer en scène à nouveau, vêtue cette fois
d’une robe rouge éclatante et foudroyante, pour le salut. Tous les
mannequins, techniciens, réalisateurs et supporters, nous nous sommes
pris la main en une grande lignée. Sous vos applaudissements, mon cœur
a fait environ trois soubresauts. Je pense que vous avez aimé le
travail qu’on vous a offert. Sinon, vous avez bien joué la comédie.
Après, le champagne a coulé à flot dans les coulisses. Les rires, les
félicitations, les « high five » et le démaquillant étaient au
rendez-vous. Probablement l’une des plus belles soirées de ma vie. Une
expérience que je n’oublierai jamais et qui serait à refaire n’importe
quand. J’ai réveillé la top-modèle en moi.
Merci à tous ceux
qui ont participés de loin ou de près au projet. Le Fashion Show a été
en bref un moment en or pour exposer les premières œuvres de nos
stylistes, annoncer en grand l’ouverture de la boutique, faire parler
de l’université, mais aussi un moment idéal pour se créer de bons
souvenirs à se remémorer à l’avenir. Je m’imagine déjà raconter à mes
enfants cette soirée où leur mère aura été belle et mannequin. Ils ne
me croiront jamais. Petite publicité pas très subtile : ne tardez pas à
aller faire un tour à la boutique The Golthes, on y trouve de vraies
merveilles !