23 Fév 2009
L’INÉDIT ;
LES COULISSES DU FASHION SHOW
Par Jodie Moire. LES COULISSES DU FASHION SHOW
La mode, la mode, la mode. À Paris, Londres, New-York ou ici à San Francisco, tout le monde en raffole. C’est pourquoi Berkeley, qui est toujours au coeur de l’action et des événements de la ville, a enfin créé sa propre ligne de vêtements. Vous en avez sans doute entendu parler, d’ailleurs avez-vous probablement même assisté au Fashion Show. Ce défilé tant attendu qui en a fait parler plus d’un et qui a été un véritable succès. Je délaisse pour le temps d’un article le processus habituel d’un journaliste et j’opte pour un point de vue subjectif. Je vous donne donc la chance d’accéder aux coulisses du Fashion Show en compagnie d’un mannequin ; moi. Suivez la parade …
Une ambiance jamais connue dans mon esprit se fait sentir dans les coulisses prévue pour le défilé. Je suis pourtant une habituée de la scène, de la foule et des projecteurs, ayant été depuis toujours une comédienne de théâtre. Ce que j’ai senti au Fashion Show était pourtant loin d’être le même « feeling » que tous les avant-show vécus jusqu’à ce jour. Hommes et femmes, nous sommes tous fébriles à l’idée de bientôt monter sur le podium pour défiler dans les plus belles créations de la ligne de vêtements. Les mannequins se saluent, se font surtout de nombreux compliments superficiels comme pour se mettre à l’aise. Le pire, c’est que ça fonctionne à merveille. Je sens une vague d’apaisement s’emparer de moi après avoir reçu les commentaires positifs de Soukaïna James, Sacha Hambourg et Massie Block. Tout le monde se lance des fleurs, comme pour taire les battements de nos cœurs qui se font rapides et incessants. Je parle à la place de tous les mannequins qui ont défilés ce soir-là, et je pense que c’est d’une façon juste. Je n’étais pas dans leur tête, mais un champ magnétique nous unissait et j’ai compris que nous étions tous dans le même bateau. Certains ont plus d’expérience que d’autres, mais on se tenait les coudes serrés.
Tout n’a pas été rose, pourtant. Dans le feu de l’action, on prend souvent les nerfs, on se dispute un peu, on se parle raide et direct. Cependant, malgré les rivalités et tensions dans l’air qui s’ajoutaient à toute cette électricité, nous avons pu créer un mélange homogène harmonieux le temps d’un « toast ». Ce fut selon moi le moment le plus fameux. Les techniciens murmuraient le décompte, plus que quelques secondes avant que Massie ne doivent nous quitter pour faire le grand saut. Quand je parle de grand saut, ce fut un grand saut. Nos yeux se croisèrent tous au même moment, des sourires se dessinèrent sur tous les visages qui s’illuminaient donc. Nos verres de champagne – en plastique – se cognèrent tous l’un contre l’autre dans une chimie parfaite. Il n’y eu pas le « tinc » habituelle, manque de budget pour les contenants en verre, mais l’intention et la passion y étaient. Ce fut la paix, le moment d’une trinquée. Puis le stress s’est emparé de tous quand nous avons consommé la dernière goutte d’alcool. Massie, qui brisait la glace, nous a lancé un dernier regard et nous a tourné le dos à nous, qui croisions les doigts pour elle. Tout se passerait bien, nous en étions certains.
Les coulisses étant munies d’écrans de télévision qui filmaient en direct l’entrée fulgurante de notre premier mannequin, nous avons pu assister à ce moment inoubliable. La demoiselle sautait de l’immeuble d’en face en deltaplane et atterrissait sur le podium. Tout avait été calculé par nos chers mathématiciens universitaires, et revérifié par des professionnels. Nous retenions tous notre souffle, et quand Massie mit les pieds sur le podium et se mit à défiler avec assurance, un soupir de soulagement général se fit sentir dans les coulisses. Ça ne dura cependant pas plus de cinq secondes, parce que tout le monde s’attardait aux dernières retouches. Maintenant que le spectacle était lancé, les tours venaient à une vitesse hallucinante. J’eu à peine le temps de me faire recorriger le maquillage et la coiffure par mon amie Shaneylle – mon esthéticienne privée – que ce fut à mon tour de me la jouer mannequin.
Le choc, je vous dis, quand j’ai vu les projecteurs de toutes les couleurs, la grosse musique d’ambiance et surtout vous. Les flashs, les yeux rivés sur mon corps – ou plutôt la robe que je portais -, les crayons venant et allant sur les carnets de notes. Je l’avoue, j’ai manqué de professionnalisme en prenant autant de temps à retrouver mon assurance. J’avais le souffle coupé, et je sentais que mes jambes allaient flancher sous mon poids soudainement si lourd à porter. Je me sentais horrible, affreuse, dégoûtante, laide, grosse. Maintenant que je réalisais que tout le monde sans exception était en train de m’analyser de haut en bas, de long en large, j’ai eu des vertiges. Habituellement, sur scène, je suis un personnage, quelqu’un d’autre. Seulement là, ce que les gens voyaient, c’était Jodie Moire. Vêtue d’une courte robe noire stylée, décolletée et sexy. Je ne me suis jamais sentie aussi nue. Cependant, en voyant Massie se tourner dos au public au bout du podium, j’ai du prendre mon courage à deux mains. Alors j’ai enfilé mon plus beau sourire, secoué légèrement la tête vers le haut pour montrer mon air hautain et fier, et je suis partie. Un pied devant l’autre, du haut de mes talons-aiguilles, j’ai parcouru le runway en entier. C’est le moment où j’ai fusionné avec vous. Pour la première fois depuis le début, j’ai tiré satisfaction de l’expérience. Je me suis concentré sur le moment en lui-même, et sur le fait que je resplendissais sous les feux de la rampe. Et que vous le voyiez bien. Mes yeux ont commencé à étinceler, mon sourire est devenu plus sincère et mes gestes beaucoup plus naturels. J’étais dans mon élément, à ma plus grande surprise. Le stress est retombé tout d’un coup, et si je ne m’étais pas sentie aussi solide même sous la pression, je me serais effondrée avec lui. Vint le moment où Sacha me pousserait bientôt dans le derrière si je ne partais pas. J’ai fais comme je voyais à la télé, me tournant de dos et envoyant mes cheveux derrière, ma tête légèrement tournée et inclinée. J’ai fais un sourire coquin, fais quelques pas, me suis encore retournée de face au public, puis je suis partie; pour de bon. Ouf.
De retour dans les coulisses. L’ambiance n’est plus du tout la même que lors de mon départ. Les mannequins attendent en file de pouvoir monter sur le podium et de jouer au mannequin d’un jour. Moi, j’ai terminé mon chiffre. J’en suis un peu déçue, mais je garde mon sourire pour encourager les autres qui voient leur tour arriver et qui ont encore cette appréhension que je couvais quelques minutes plus tôt. Après un long moment d’attente à fixer un écran géant, la finale arriva. Spectaculaire. Je devais entrer en scène à nouveau, vêtue cette fois d’une robe rouge éclatante et foudroyante, pour le salut. Tous les mannequins, techniciens, réalisateurs et supporters, nous nous sommes pris la main en une grande lignée. Sous vos applaudissements, mon cœur a fait environ trois soubresauts. Je pense que vous avez aimé le travail qu’on vous a offert. Sinon, vous avez bien joué la comédie. Après, le champagne a coulé à flot dans les coulisses. Les rires, les félicitations, les « high five » et le démaquillant étaient au rendez-vous. Probablement l’une des plus belles soirées de ma vie. Une expérience que je n’oublierai jamais et qui serait à refaire n’importe quand. J’ai réveillé la top-modèle en moi.
Merci à tous ceux qui ont participés de loin ou de près au projet. Le Fashion Show a été en bref un moment en or pour exposer les premières œuvres de nos stylistes, annoncer en grand l’ouverture de la boutique, faire parler de l’université, mais aussi un moment idéal pour se créer de bons souvenirs à se remémorer à l’avenir. Je m’imagine déjà raconter à mes enfants cette soirée où leur mère aura été belle et mannequin. Ils ne me croiront jamais. Petite publicité pas très subtile : ne tardez pas à aller faire un tour à la boutique The Golthes, on y trouve de vraies merveilles !